Une chanson triste entre deux tours

Alors c’est ça mon pays ? Des citoyens divisés en deux qui se regardent avec défiance et terreur de part et d’autre de leur ligne de démarcation ? La référence n’était pas volontaire, mais après tout elle n’est pas malheureuse… Et entre ces deux blocs, une poignée d’utopistes déçus de ne pas être majoritaires qui s’extrait du débat avec le mépris et la suffisance d’un pseudo-prophète incompris.

Je comprends leur tristesse, un rêve qui s’effondre, ça fait mal. Mais il faut aussi « empêcher que le monde se défasse » comme disait Camus, et pas seulement refaire le monde. Éviter que le monde se défasse, c’est éviter que des gens vivent dans la peur de leurs concitoyens. Et pas une peur métaphysique ou économique ; je parle de la vraie peur, celle qui va avec les regards en coin, les insultes et la violence physique. Non, je n’exagère pas. Il n’est pas normal de se faire traiter de sale youpin ou de métèque en France, en 2017. Il n’est pas normal que des cheveux frisés représentent une condamnation par défaut. Et là, je ne parle que de mes expériences propres. Il y a aussi les insultes racistes courantes sur la couleur d’un épiderme. Il n’est pas normal que la haine soit courante entre les citoyens. Il est impensable que des élections légitiment la défiance généralisée. Que la haine et la peur deviennent un système institutionnalisé. Ça m’est impensable. Je le refuse absolument.

Parce que je vis dans une multiculturalité apaisée, dans l’échange et le dialogue avec des gens ouverts et éduqués, et je ne veux pas que ça change. Je ne veux pas que des quartiers ou des communautés se referment sur elles-mêmes car elles auront peur des autres. Parce que la peur engendre plus de violence. Vous savez combien de mes amis ne fréquentent plus des quartiers pourtant« bien français » par peur ou lassitude d’y être agressés, verbalement au moins ? C’est de la ségrégation mentale et comportementale. Et ça, je le refuse. Ce n’est pas ce phénomène qui doit se généraliser. Je rêve d’une France arc-en-ciel, d’une France 98 qui ne se serait pas arrêtée en chemin dans les réformes institutionnelles, une France qui assume ses vérités et ses diversités, une France qui en est fière. Une France qui ne ment pas : non il n’est ABSOLUMENT pas facile d’obtenir la nationalité ou des soins gratuits, non les fraudes ne sont pas la norme, et si vous saviez lesquels sont des fraudeurs dans mon carnet d’adresse… vous seriez surpris de la consonance de leurs noms ! Une France qui ne laisse pas ses enfants sans éducation ni culture, parce qu’après les mères c’est l’école et la bibliothèque qui forment les hommes. Des hommes instruits, libres, ouverts sur le monde. Des hommes qui sont des portes, des fenêtres et des ponts. Des hommes qui ne sont pas des murs.

Alors je ne sais pas vous, mais moi j’irai voter le 7 mai, peut-être pas pour mes convictions profondes mais au moins contre la peur.

 

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