3. Wagram

S’autoriser à être triste. Pourquoi faire ? Ou plutôt comment ? Je ne le sais pas. Je n’ai pas la réponse à ce genre de question. Ni la colère, ni la haine.
Enfin, la colère je m’entends… S’insurger oui, pour une cause, pour les autres. Une colère courageuse, une indignation sociale, je réponds présente, toujours. Tant que je ne parle pas de moi, tant que ce n’est pas moi qu’on regarde. C’est comme « vendre » mes écrits finalement. Je n’y suis jamais arrivée parce que je n’ose pas vraiment les montrer, je ne me bats pas pour les montrer. Combien de mes amis les ont lus ? Peu, très peu… Et pas forcément de leur refus, surtout de ma non-proposition, ou ma non-conviction.
Et puis, c’est facile la résignation, ça ne pose pas de question la résignation. Ça ne doute pas, ça ne se bat pas, ça survit très bien. Oui, ça survit très bien. Les habitudes, le si doux confort des habitudes. Je ne pleurerai pas. Pour qui pleurer ? Pour moi-même ? Allons, on ne s’apitoie tout de même pas sur son sort. Pas quand on a accepté comme mise de départ de vivre pour les autres.
Hamlet, on en revient toujours à Hamlet. À ne pas s’autoriser à vivre un deuil parce qu’on ne le conçoit pas, parce qu’il y a forcément un intérêt plus grand derrière lequel se cacher. Il y a forcément une manière, peut-être pas de fuir sa douleur, mais d’en tirer autre chose.
Refuser de se confier. C’est parce que je refuse de parler à de vrais gens que j’écris. C’est toujours plus facile de se répandre devant un public sans défense, qui ne contestera pas, ne voudra pas me dire que mes sentiments sont les mêmes que les siens ou me faire la leçon sur les réactions que je devrais avoir. Oui, vous êtes passifs, et je profite de vous. C’est moche, je sais, je n’ai pas de courage, nous le savions déjà.
J’ai de l’inconscience, de l’impudeur, aussi, peut-être. Mais le courage, le vrai, celui qui fait dire en face à l’instant approprié, non. J’ai besoin de trop de temps de décantation. Parce que j’ai besoin de temps pour savoir ce que je ressens avant de pouvoir l’exprimer. Sinon les mots ne sortent pas. Et ce n’est pas une question éthique de ne pas vouloir dépasser ma pensée ou un grand attachement à trouver les mots particulièrement justes. C’est ainsi, c’est tout. Une auto censure effroyable.
Alors j’écris. J’écris et je ne suis plus triste. Parce qu’écrire n’est pas tenir à distance. C’est poser à plat, comme se regarder dans un miroir. On voit plus clairement. Pas de tristesse et pas de résignation. Juste le temps d’écrire et c’est se rendre compte des leçons apprises, de la route parcourue. C’est tirer son chapeau, faire un petit pas de révérence à la vie qui m’a apporté une expérience.
J’ai toujours cicatrisé très vite, et avec le sourire.
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