1. Argentine

Bon, mettons que tout cela ne soit qu’un escape-game dans une librairie, au cours d’une enquête pour meurtre. Ils devaient quand même repartir aux États-Unis pour leur année scolaire. J’avais peur de les laisser partir, j’éprouvais un très mauvais pressentiment. Et il y avait ce crime à résoudre. Je le savais, c’était leur mère la meurtrière. Mais comment obtenir sa confession ? Où trouver une preuve ? Le Petit Prince est caché derrière les tarots divinatoires… Rien n’est logique.
Dehors, des gens attendaient pour le dernier petit vampire. Parmi eux, le conjoint de Claudy accompagné de collègues de travail. J’étais heureuse de le voir, je l’embrassais chaleureusement. Un de ses collègues demanda si j’étais sa copine. Je répondais « bah non ! », l’ami me pinçait le bras très fort. On se cachait donc encore quand on aimait pas qui il fallait… Je rattrapais la situation : « ben non, je ne suis pas son genre il préfère les blondes ! Et puis je suis trop vieille je pourrais être sa mère ! » Je me présentais alors. Mon nom leur rappelait quelqu’un, mais qui n’aurait « jamais rien réussi de sa vie »… La formule me hante encore aujourd’hui. Qu’est-ce que cela veut dire ?
Je m’en allais, je prenais le bus pour rentrer chez moi. J’achetais deux tickets, dont un pour le retour. Comme j’étais prise dans mes pensées — dois-je parler de la rencontre de son conjoint à Claudy ou non ? — je ratais mon arrêt. Je me retrouvais au bord d’une nationale en forêt. Complètement perdue. Mon GPS indiquait que j’étais entre 1568 m et 1587 m de chez moi. Ce n’était pas possible, mais je décidais de finir à pied plutôt que de chercher l’arrêt en sens inverse que je ne voyais pas.
Je passais devant une base nautique très huppée : yachts et maison à colombages, champagne, etc. Là, un homme dans une voiture de luxe décapotable me disait « ne fait pas l’imbécile, je te ramène ». Ce devait être mon père, ma mémoire est floue, il ne se ressemble pas dans mes souvenirs. Nous roulions à travers la forêt et passions devant un grand domaine où quelques personnes faisaient la queue devant les barbelés, aucun bâtiment n’était visible, seulement un genre d’entrée de base militaire semi-enterrée comme datant de Vauban et mal entretenue. Des hommes habillés d’armures et de loques de tissus noirs tiennent les visiteurs en joue avec des arcs. Ils ont également des masques rouges sans expressions ni traits, mais avec de toutes petites cornes de jeunes cerfs. « C’est le domaine du Labyrinthe, c’est le diable qui vit là, ce n’est pas juste hanté comme tout le monde pense et veut aller voir. J’y suis allé une fois, j’ai pris ce qui était censé être leur cidre le plus doux, qu’ils m’ont offert (à cette entrée là dans le mur, que personne ne voit) et c’étaient deux verres de liqueur très forte, en une gorgée j’avais oublié ton existence, c’est comme ça que ça c’est passé » disait mon père.
Je ne peux pas laisser ce genre de mystère irrésolu. Je dois comprendre. Et si c’est le diable ? Voyons si je peux l’arrêter. « Ok, laisse-moi là, je vais régler le problème », ai-je dit en descendant du véhicule. Je me dirigeais vers le mur qu’il m’avait indiqué. Je demandais « beaucoup de rakija s’il vous plaît ou ce que vous avez de plus fort, j’ai tellement de choses à oublier et d’autres à comprendre autrement ». Mes souvenirs suivants sont limpides, ils m’ont laissée entrer sans me donner d’alcool. Mais je ne peux rien vous dire, seulement deux indices : une sensation d’étranglement et Mon pauvre Gunther.
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