3. Malesherbes

Je suis dans un train, avec un auteur célèbre. Aurais-je gagné un concours de carte postale ? Cela expliquerait qu’on me presse de question sur mon style très onirique et mystique. Quelque chose change radicalement en moi : je me souviens d’un camping, de mon cousin et d’un gecko, dans une copie médiévale du quartier Malesherbes. Je réponds aux questions avec tact et professionnalisme, c’est ce que font les salamandres, non ? L’auteur me demande en aparté ce que je compte faire, car il se refuse à m’aider à être publiée, je suis trop sombre, trop perchée (si je lui passe l’expression), trop arriviste ; en un mot il ne m’apprécie pas. Je lui réponds que je me débrouillerai. Je passerai par les systèmes standards et quelque chose d’irrationnel se produira, les miracles se dissimulent toujours dans les procédures.
Je suis, dans ce train, avec Lazare. J’aurais donné ma vie pour lui. Je ne sais pas s’il ferait de même, et je m’en fiche. Mais son silence comme un manque de confiance me blesse depuis longtemps. « Maintenant que tu peux tout entendre, parce que tu as déjà tout pressenti, je vais te dire… » Il me raconte, enfin, d’une voix monocorde, mais avec une ironie cruelle, qu’il a été prostitué lorsqu’il était enfant. Je ne peux pas tolérer qu’aucune de ses plaintes n’ait été suivie d’actes.
Nous sommes maintenant dans un musée, dans une ancienne abbaye, et chacun de ses clients réguliers est représenté par une pièce, je note scrupuleusement les informations relatives à chacun.
Je retourne dans le passé, à ses sept ans, dans le même lieu. Je le prends sur mon bras, il est si maigre. Je veux fuir avec lui. Ses clients nous oppressent avec leurs discours malsains, ils tentent de me persuader que tout cela est parfaitement habituel et rationnel.
Des images se superposent, le souvenir d’avoir été dans un train et d’avoir jeté les SS par-dessus bord alors que nous roulions à vive allure à flanc de montagne. Puis des ombres maigres me disant que je suis Juste. Quelque chose en moi finit par inspirer la peur, à ses hommes libidineux et aux gens qui nous entourèrent. Je demande leurs adresses au personnel du musée en riant froidement sous mon fedora noir. « Je vous comprends Madame, regardez la tunique commémorative de l’union russo-bellarusso-ukrainienne est mal accrochée dans sa vitrine. Donnez-moi ses adresses, j’en ferai très bon usage. » Elle part s’occuper de la tunique en me laissant la liste en évidence. Après je ne me souviens que de coups, de sang et de leurs pathétiques suppliques pour que j’arrête.

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