1. Porte de Vincennes

Je déplie encore le dernier froissement : c’était un jour de joie. Nous célébrions des retrouvailles entre amis. Nous allions nous installer tous ensemble dans une immense villa. On aurait cru un film américain : immense barbecue, salle de billard, piscine intérieure. Deux femmes arrivent pour nous reprocher notre joie et nous prescrire toute une série d’améliorations que nous devrions mettre en place pour être meilleurs et plus dignes. Des hommes armés entrent et tirent sur les invités. Tout s’arrête lorsque je leur fais face et dit « j’essaierai tout, même si je dois tout échouer, même si je dois y rester. » Les armes sont inutiles quand il ne s’agit que de mots. Ce fut un jour de colère, ce jour-là.

C’était un jour de joie. Nous avions trouvé une autre habitation avec les survivants, de taille plus réduite, d’inspiration chalet dans les Alpes. Nous nous faisions tatouer. Je ne sais pourquoi mes deux mollets portaient des esquisses qui ne me correspondaient pas, de style manga très sucré et mignon : une poupée entourée de fleurs de cerisier et une Catwoman.

Mon frère revient à la maison, cela fait si longtemps que nous ne nous étions pas vus. Il sort un couteau et commence à massacrer mes amis. Nous nous battons, je le neutralise. C’est un bain de sang, je ne peux pas appeler les secours, je me rends au poste de police le plus proche. Je suis en sang et ma cheville est pliée en deux. Je ne souffre pas pour autant, je dois aller chercher un médecin pour les autres. La police me pose d’abord des questions sur mes tatouages avant de s’intéresser à l’hémoglobine qui me recouvre. Ils répètent sans cesse que ces motifs ne me conviennent pas. « Ce n’est pas le problème pour le moment, et OK je voulais juste une lumière de Babel. » Ils me disent de partir marcher loin, qu’ils s’occuperont du reste. Je pars, toujours en sang, toujours estropiée, toujours tout droit. Porter un message, mais je ne sais lequel. Ce fut un jour de colère, ce jour-là.

Ce n’était pas un jour de joie, mais un jour sombre. Nous arrivions, mon patron et moi, sur un terrain vague où cent soixante appartements sont en construction. Mon patron, bien que parrain de la mafia locale, s’est appairé avec la police sur ce coup-là. Une voiture se gare à côté de la nôtre. Une agent immobilière véreuse en sort. Elle a un compte personnel à régler avec les entrepreneurs. Le béton utilisé est mauvais, il ne supportera pas le poids des occupants. Nous tentons de saboter le chantier, mais les malfrats nous prennent en otages. Je fais la cruche qui veut aller aux toilettes, comme ce ne sont que des hommes et que je dis que j’ai mes règles ils n’osent pas vérifier. Je sors un couteau et une arme et je les abats. Ce fut un jour de colère, ce jour-là. Daigne, mon Dieu, me pardonner.

Pour éviter tout cela, il y avait un mot à prononcer, un seul. Pour pardonner et avancer. 5 lettres, commençant par un A comme il se doit. Je ne suis pas encore prête.

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10 réflexions sur “1. Porte de Vincennes

  1. […] 16 août 201726 mai 2018 Gabian SpiritLaisser un commentaire Bon, mettons que tout cela ne soit qu’un escape-game dans une librairie, au cours d’une enquête pour meurtre. Ils devaient quand même repartir aux États-Unis pour leur année scolaire. J’avais peur de les laisser partir, j’éprouvais un très mauvais pressentiment. Et il y avait ce crime à résoudre. Je le savais, c’était leur mère la meurtrière. Mais comment obtenir sa confession ? Où trouver une preuve ? Le Petit Prince est caché derrière les tarots divinatoires… Rien n’est logique. Dehors, des gens attendaient pour le dernier petit vampire. Parmi eux, le conjoint d’un ami accompagné de collègues de travail. J’étais heureuse de le voir, je l’embrassais chaleureusement. Un de ses collègues demanda si j’étais sa copine. Je répondais « bah non ! », l’ami me pinçait le bras très fort. On se cachait donc encore quand on aimait pas qui il fallait… Je rattrapais la situation : « ben non, je ne suis pas son genre il préfère les blondes ! Et puis je suis trop vieille je pourrais être sa mère ! » Je me présentais alors. Mon nom leur rappelait quelqu’un, mais qui n’aurait « jamais rien réussi de sa vie »… La formule me hante encore aujourd’hui. Qu’est-ce que cela veut dire ? Je m’en allais, je prenais le bus pour rentrer chez moi. J’achetais deux tickets, dont un pour le retour. Comme j’étais prise dans mes pensées — dois-je parler de la rencontre de son conjoint à mon ami ou non ? — je ratais mon arrêt. Je me retrouvais au bord d’une nationale en forêt. Complètement perdue. Mon GPS indiquait que j’étais entre 1568 m et 1587 m de chez moi. Ce n’était pas possible, mais je décidais de finir à pied plutôt que de chercher l’arrêt en sens inverse que je ne voyais pas. Je passais devant une base nautique très huppée : yachts et maison à colombages, champagne, etc. Là, un homme dans une voiture de luxe décapotable me disait « ne fait pas l’imbécile, je te ramène ». Ce devait être mon père, ma mémoire est floue, il ne se ressemble pas dans mes souvenirs. Nous roulions à travers la forêt et passions devant un grand domaine où quelques personnes faisaient la queue devant les barbelés, aucun bâtiment n’était visible, seulement un genre d’entrée de base militaire semi-enterrée comme datant de Vauban et mal entretenue. Des hommes habillés d’armures et de loques de tissus noirs tiennent les visiteurs en joue avec des arcs. Ils ont également des masques rouges sans expressions ni traits, mais avec de toutes petites cornes de jeunes cerfs. « C’est le domaine du Labyrinthe, c’est le diable qui vit là, ce n’est pas juste hanté comme tout le monde pense et veut aller voir. J’y suis allé une fois, j’ai pris ce qui était censé être leur cidre le plus doux, qu’ils m’ont offert (à cette entrée là dans le mur, que personne ne voit) et c’étaient deux verres de liqueur très forte, en une gorgée j’avais oublié ton existence, c’est comme ça que ça c’est passé » disait mon père. Je ne peux pas laisser ce genre de mystère irrésolu. Je dois comprendre. Et si c’est le diable ? Voyons si je peux l’arrêter. « Ok, laisse-moi là, je vais régler le problème », ai-je dit en descendant du véhicule. Je me dirigeais vers le mur qu’il m’avait indiqué. Je demandais « beaucoup de rakija s’il vous plaît ou ce que vous avez de plus fort, j’ai tellement de choses à oublier et d’autres à comprendre autrement ». Mes souvenirs suivants sont limpides, ils m’ont laissée entrer sans me donner d’alcool. Mais je ne peux rien vous dire, seulement deux indices : une sensation d’étranglement et Mon pauvre Gunther. _ Ailleurs sur la ligne 1 : Porte Maillot Argentine George V Champs Élysées – Clemenceau Tuileries Louvre – Rivoli Hôtel de Ville Saint-Paul Reuilly – Diderot Porte de Vincennes […]

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