Amblypygi

C’est inoffensif, tu vas venir. C’est l’histoire du Samaritain en action. Tu sais ? Du collège cartésien de Cabaret, de tout le quartier de Cabaret d’ailleurs. Tout ce qu’on apprend dans cette vie, qui est un cadeau du Bon Dieu. Ou pas du tout. Non ce n’est absolument pas cette histoire que je vais te raconter. Dieu seul, Dieuseul sait ce que je vais te raconter… L’histoire pourrait s’appeler Shelove tout simplement, on est bien loin des grandes Histoires, celles des Goebbels ou des Himmler… Elle parle seule, Shelove, dans sa chambre aux murs gris et nus, en frappant son front sur le carreau orphelin d’un ciel mutique.

« Vercingétorix, Jevousaime, Beaubrun, Dieudemisaint de mes nuits sans sommeil, de mon corps sans repos. Le prestige se boit par ici. C’est tout ce qu’on peut en faire, c’est tout ce qu’il nous reste. Allez, viens contre moi, Jolicoeur.
Tu es tout pour moi, comme je ne représente rien pour toi… Moi terre assoiffée et toi torrent de montagne. Tu me transperces, me traverses, m’ignores… Je ne réclame que toi, tu ne me considères qu’à peine… une pierre parmi tant d’autres sur les pentes de Volvic.
Je t’espère, je me meurs de cette soif, qui pourrait être dans des contrées plus riches, celle de l’or. Un Louidor, je voudrais te tenir ainsi contre mon sein. Comme les belles d’antan, ces catins hors de prix dont les corsets regorgeaient des fortunes de leurs amants. Je te tiendrai ainsi, sans t’étouffer, simplement comme une présence solide et dure contre ma chair chaude et palpitante de toi.
Je te vois comme un empereur, un fier conquérant de cette terre, qui n’est rien, mais dont nous ne pouvons nous extraire. Royaume sans valeur ni triomphe, tu prends pourtant des airs de Roosevelt, et m’offres la liberté. Je ne peux rien, mais aucun interdit ne m’entrave. Je suis femme ne sachant nager, face à la mer, le rivage comme seule perspective et habitat. Les possibilités sont infinies et moi impuissante. »

N’y a-t-il point de salut sur cette île ? Y a-t-il seulement un salut dans ce monde ? On dira que la guérison vient de Raphaël de Jésus et peut-être n’est-ce pas complètement faux ? Nous ne saurons jamais. Autre chose : nous ne saurons jamais si l’espoir est mort. Comment ne savoir si l’on espère vraiment plus rien ? Il y a toujours une lettre qu’on attend, un lever de soleil, une douleur qui cesse. L’espoir dure autant que la respiration ou le battement du cœur. Inextinguible. Ici, quand Shelove ne s’accroche plus au souvenir de cet homme aux mille noms qui ne se souvient pas du sien, il lui reste les rumeurs d’un ailleurs. Les grands hommes de ce pays lointain qui avait conquis cette terre-ci. Le parallèle est troublant, mais la politique est une affaire d’hommes. Il faut la laisser à ces Giscard, Michelet, Nicolasarkozy… Mais au fond, comme c’est écrit sur ton bus, Dieu dispose, même les grands hommes ne font que proposer.

Irlande, ce n’est qu’une amie de loin. Une sœur qui n’aurait pas la bénédiction du soleil. La magie, oui, la violence, oui, les légendes, oui. Mais leurs destins se sont séparés. À quoi ça s’est joué ? Appelez Démosthène, du haut de toute sa science il pourra peut-être commencer à balbutier une raison. Mais les pensées européennes comme la mienne ne pourront jamais rien comprendre.
Ce n’est pas une question de condescendance, ce n’est pas une question de renoncement. Simplement un constat, simplement une différence. Comme ton prénom, Myrthil, qui me met en échec conceptuel. Quel est l’écho, quelle est la voix millénaire à entendre dans ton prénom ? Je cherche le sens caché, car il y en a toujours un, car tout est à déchiffrer comme une œuvre de Pollock ! Au moins dans les associations d’idées qui me feront me connaître moi-même, car qui connaît-on, à défaut ? Et ton prénom ne m’évoque rien. Il n’y a que silence en mon cerveau et cela me terrifie. Je préfère tant ton voisin et les hurlements de survivants, d’immigrés improbables : Raul Pollak… tant de drames ! Entendez ça, répétez-le ! Raul Pollak. Raul Pollak. Raul Pollak. Raul Pollak. On ne peut que se sentir vivant, mitoyen, concerné, fraternel.

Éloignons-nous de Shelove, elle n’a pas décidé de se jeter dans le grand jeu de l’existence, elle s’est résignée à attendre. Sa sœur, Bouda, est une immensité de sagesse. Sage au sens enfant immobile, pas au sens philosophique. Ce n’est pas le Buddha, c’est une pierre ou une plante. Et encore, on prête plus de vivacité, on a plus d’empathie, pour une pierre ou une plante que pour ce genre de personnage légumineux. Elle va les yeux vides, vaque à ses occupations, travaille, sans jamais une expression, sans le moindre éclat dans le regard. Un véritable zombie, ou une droguée à la colle. Oui, j’ai vu dans les sous-sols de Barcelone, de Tallinn ou d’Amsterdam ce genre d’absence, de mouvement sans tonique. Ha, ce genre de gens ! La bonne conscience européenne voudrait me pousser à la compassion. Je n’y parviens pas, j’ai trop mauvais fond. Ce n’est pas le jugement qui m’en empêche, cela… je le pratique très peu. Mais une sorte de renoncement, chez moi, à aimer ce que je juge être une cause perdue. Je sais qu’il est trop simple de s’épuiser à s’attacher à ces immobiles. J’ai déjà, par le passé, tenté de sauver le boulet que j’avais au pied. J’ai failli me noyer avec lui. Je ne referai pas la même erreur. Je n’abuserai pas de la seconde chance que m’a offerte Altagracia. La toute puissante Reine du Ciel, salvatrice de toute l’Amérique latine.
Le rythme de la vie, lui-même, qui coule dans ses veines, qu’elle m’a transmises, par ses notes, ses accords, ses pieds frappants le sol. Altagracia la magnifique, la furie vivante, la foudre de joie, la mère des exilés et des espoirs. C’est Sysiphe regardant encore tomber son rocher pour la millième fois, et levant alors le poing vers un ciel qu’il sait lui être interdit, hostile, ou peut-être même vide, lance un « pourquoi ? » si faible qu’il est à peine audible.

Tout cela me porte à Laratte, car ce n’est pas facile de constater si jeune que sa vie peut être circonscrite et définie. On voudrait la croire infinie, mais il n’en est rien. Ce n’est pas un échec pour autant. Il ne faut pas le prendre comme ça… Facile à dire. Je ne sais plus où avancer mes pas dans ce paysage qui me reste hostile. Peut-être pas hostile, mais certainement pas accueillant. Il est clair que personne ne souhaite ici que j’arrête mes pas à l’une ou l’autre porte. Toute cette terre n’est qu’un seuil immense. Seule Shelove, finalement, emmurée dans sa souffrance et ne pensant qu’à elle, me laissait l’espace d’exister.

Je ne veux pas de ce reliquat, de cette zone frontalière à sa douleur. Et je ne comprends rien de cette île. J’ai encore oublié le vocabulaire pour l’écouter. Des sons se bousculent dans ma tête, mais rien ne parvient à mon entendement… Dieucilhomme, comment ? Pourquoi ? Si quoi ? Que dois-je faire ? Quel acte poser pour sortir de mon étrangeté ? Ou l’accepter. Car au fond, je me fiche de l’issu de tout cela. Simplement, ne pas rester dans l’entre-deux qui me crucifie chaque instant. Et qu’arrive-t-il si Dieu… Enfin si l’Homme… Je bascule en une sorte de délire ? Ce n’est pas moi, c’est cette île ! Regardez ces montagnes, ces personnages, ces croyances. Tout est en place pour un tableau de… Ernst, Wilhelm Ernst, l’inconnu, l’oublié. Celui qui avait moins une belle gueule que Max, celui que l’aura magnétique de Max a tué.
Je ne m’y connais pas en histoire de l’art, ni en histoire tout court, mais je suis sûr que c’est ainsi que ça s’est passé. Max est arrivé drapé dans sa pelisse de plumes rouges, avec tout l’attirail de ce qui sera plus tard le glamrock et sortant je ne sais quelle forme de lance, il a transpercé les illusions de son frère Wilhelm Ernst et l’a effacé des souvenirs de chacun. Il s’est installé en empereur dans les cœurs des jeunes filles et des jeunes hommes. Vous savez bien ce que j’entends par cœur… Ses yeux foudroyants, sa beauté qui ne dit pas son nom, sa froideur. Même moi, qui suis plutôt attiré par les Shelove de ce monde, combien de temps suis-je resté médusé devant ses portraits à tenter de déchiffrer le mystère de l’attirance ?

Il n’y a aucun hasard. Dieu ne joue pas aux dés, il a même complètement arrêté de faire dans le subtil. Levaillant personnage que celui qui oserait comprendre tous les signes qu’il voit. Nous sommes tous à égalité, nous savons tous lire, nous parlons tous cet idiome particulier, mais personne n’ose lire les lettres de feu qui se tiennent devant nos yeux. Levaillant saurait, lui. Moi, je baisse les yeux, comme toujours. C’est ce que mon éducation m’a appris. Ne surtout pas se faire remarquer, ne surtout pas dépasser, ne surtout pas vouloir aller plus haut, plus à droite, plus à gauche, que qui que ce soit. On apprend si bien l’immobilité…

N’est-ce pas ? C’est quoi ton nom ? Jean-Euphèle. Enchanté. Ça vient d’où ? J’adorerai te le demander, mais mes propos serait déformé, on y verrait du malsain dans de la simple curiosité. Authentique curiosité. Sans jugement, intérêt sémantique, intérêt humain. De nos jours on aime tant prêter des idées et des travers… Ou alors, la plupart des gens sont-ils vraiment à ce point présomptueux de leur supériorité ? Sont-ils à ce point condescendant ? Ne se questionnent-ils réellement que pour se juger ? Je ne voudrais pas le croire. Mais je dois me rendre à l’évidence. Tiens, il n’y a pas de bled qui porte ce nom dans ce foutu pays ? Voilà qui me surprend prodigieusement.

C’est étonnant le mépris, ça court les rues le mépris… Là d’où je viens, si l’on diffère un peu des normes attendues on s’expose au jugement. Alors, imaginer s’appeler Dieulermesson, venir d’un pays lointain, porter sur sa peau la marque de la différence. On s’exposerait à tout. Cela me rend malade de ne le constater que maintenant… J’ai moi-même participé à ces grandes mascarades où l’homme blanc, confortablement installé dans son trône colonial, se gargarise de sa supériorité supposée. Du temps où j’allais à la messe, avant mes 15 ans, je me suis toujours demandé ce qu’il arriverait si Jésus revenait. Pour sûr, il ne ressemblerait pas à n’importe qui, il ne serait pas en costume gris dans le métro. Il ne reluquerait pas sans en avoir l’air les formes sous les Robes des jeunes filles. Il prêcherait l’écoute, il sourirait, il serrerait peut-être la main de l’agent d’entretien ! Vous savez, celui auquel il n’est quand même pas très bien séant d’adresser la parole… Je sais ce que vous vous dites. Ce n’est pas vraiment du mépris, c’est seulement qu’on n’a rien à voir avec ces gens ! Mais oui, bien sûr, rien du tout, nous ne sommes pas de la même espèce, ils ne sont pas constitués comme nous, ils n’ont pas de famille, pas d’amis, pas de rêve… Vous voyez où je veux en venir ?

Les Romains… Ils ne seraient pas fiers de nous. Cenatus, un fils d’un Tibère, par exemple, qui l’aurait nommé ainsi puisqu’il tétait si goulûment le sein de sa mère, riche propriétaire, tribun, bref un homme respectable de cette société qui l’était finalement si peu… Mais la nôtre l’est elle ? Respectable ? Sans vouloir tout brûler — pardon, Néron, mais cela n’est pas une solution — je voudrais bien tout remettre en perspective. Hé bien, Cenatus, que j’ai rencontré hier matin, vendeur ambulant de corossols, à la peau sombre et parcheminée par le soleil autant que par l’effort ingrat de toute une vie ; cet homme m’est tout aussi respectable — si ce n’est plus — que son lointain homonyme. Cet homme que je vois, que je touche, m’est plus frère que cet antique défunt, dont je ne connais ni les goûts ni les sourires. Ne vous en déplaise, j’abolis ici la proximité culturelle qui voudrait que je me sente latin avant de me sentir humain.

Shelove m’appelle encore… Son corps… Si vous voyiez son corps ! Je ne sais pas comment me défaire de ses sortilèges… Pourtant elle est avec Vanneur à cette heure. Non, ce jeune homme fort bien fait n’est ni faiseur de paniers ni faiseur de blagues. Ses parents professaient la vaine heure où il vint au monde… amour familial dites-vous ? Il n’y a aucun lien pur qui tienne les êtres entre eux… Philidor le sait bien, lui que tous ont renié, piétiné, moqué… Aucun fil d’or entre les êtres. Ici on ne me pourchasse pas avec la moralité de la piété filiale, ici on ne me trouve pas déviant de ne pas rendre gloire à mes aïeux ! Ici la vie est dure et c’est chacun pour soi. Voilà tout. Les seuls ancêtres dignes de dévotions…

Oui il faut bien que j’en parle de ce continent silencieux… Le Vaudou. Les croyances, les ferveurs, les symboles qu’on croise au détour d’une rue, d’une marque… Shelove s’en peint certains sur la peau, certains jours. Elle refuse de me dire ce qu’ils signifient, ce qu’ils font. Je suis blanc, je ne peux pas savoir. Je suis étranger, je ne dois pas savoir. Et si je voulais me hisser hors de ma condition ? Si moi aussi je voulais voir l’autre côté des miroirs ?
Jocelerme me fait signe de me taire. Je ne suis pas à ma place, ici, je ne suis qu’un spectateur muet, toléré plus qu’accueilli. On ne se hausse nulle part. Lui même s’est hissé, malgré ce que son prénom pourrait laisser entendre. Dans sa stature de géant, il est à mi-chemin entre Pégase et l’hydre de l’Herne. Je n’ose pas le regarder en face. Pourtant, j’ai un idéal, moi aussi, des rêves, des souhaits. Je n’ai jamais voulu être Roi, ni même Prince… Je n’ai pas d’Idalbert ce genre de pulsion qui me voudrait Prince de Monaco… Non, rien de tout ça, simplement avoir une vie tranquille, au soleil d’ici ou d’ailleurs, peut-être une femme et des enfants. C’est médiocre, peut-être, c’est commun en tous cas.

Je n’ai aucun intérêt, ne me laissez pas parler de moi. Revenons au monde, à cette île que je ne comprends pas. Évidemment, le racisme n’existe pas et tout cela est dans ma tête. Bien sûr que nous sommes tous frères et agissons toujours en conséquence. Bien sûr qu’on ne juge personne sur sa couleur, ses convictions ou ses orientations. Je me fais du cinéma. Avillon me dit bien, entre deux bouteilles de son mauvais rhum, que si nous avions encore des préjugés, ça se saurait. On serait malheureux et il y aurait encore des guerres. C’est donc limpide, tout cela n’existe pas.
À quel moment peut-on croire à tout cela ? À mon avis, non, on s’en fout de mon avis. Ce n’est pas la question, ma voix n’a aucun sens, je ne suis expert en rien, je ne suis légitime à aucune heure. Je voudrais simplement crier. Mais Cléodort, c’est l’eau qui dort, aussi, mais se repose-t-elle vraiment ? Je ne lui ferais pas confiance, pas plus qu’aux humains, du reste. Regardez, voilà vingt jours que je suis au bout du monde, sur cette île que tous m’interdisaient de visiter pour cause de danger, je n’ai donné signe de vie à aucun de ces proches que l’on croit avoir. Croyez-vous que quiconque s’en soit inquiété ? Non. J’ai pris le risque de venir, je n’ai qu’à l’assumer seul. Les hommes se font-ils confiance ? Oui, bien sûr, certains le font. Mais pourquoi ? Dans quel but le font-ils, qu’est-ce qui les pousse ? Que gagne-t-il au change ? Je ne prône pas la haine. Loin de là. Je ne crois simplement pas en mes semblables, et cela m’a mené jusqu’ici, à boire les paroles de mes frères humains. À tenter de les comprendre, mais guère.
Mesguerre, cette silhouette qui se détache sur le mur ocre et décrépit de ce bar. Un homme long, noueux, un air félin ou l’aspect d’un cormoran. Vous voyez ce que je veux dire ? Il ne m’a jamais adressé la parole. Il s’assied à ma table, parle à mon interlocuteur comme si je n’étais jamais là. L’étranger, le blanc qui épie. Je suis une sorte d’épine dans le champ social, je finirai par disparaître un jour ou l’autre. Le mépris est la forme la plus élevée de violence que j’ai pu expérimenter. On m’a tabassé, oui, des dizaines de fois. Mais ce mépris là, à répétition, qui devient une habitude, me fait jusqu’à douter de ma propre existence, si j’ai trop de rhum dans les veines… Cela ne s’explique pas. J’aurais lu un récit de ce genre, je n’en aurai pas cru une miette, j’aurai crié au mensonge, à l’auteur oisif qui ne se serait jamais pris une gifle. Je ne souhaite pas que cela vous arrive, mais si c’est le cas, alors vous saurez. Ne pas parler, priver des oreilles humaines d’un contact verbal, est un supplice terrible.

Heureusement, ce soir, Almiracle, est là pour nous parler encore de Dieu. Il va de soi que je ne crois pas. Mais enfin, si cela peut leur permettre de rester en vie avec un peu plus de joie… Oui, c’est ignoble ce que je dis. Mais on m’a élevé dans la haine des religions, comprenez-moi, excusez-moi ! La foi, ce n’est quand même pas très loin de la folie ! C’est jamais qu’un ami imaginaire qui leur dicte leur conduite et juge à leur place leur comportement ! Il n’y a ni miracle ni amour. Tout cela je n’y crois pas, l’essentiel c’est le jugement. Ils délocalisent leur jugement dans un être invisible. Parce qu’on ne peut pas vivre sans jugement, soyons raisonnables. Je ne parierai pas un kopek, ni même une livre Sterling, oui, comme toi, sur une humanité sans jugement. Si on ne se sentait pas supérieur aux autres, à quoi bon vivre ? Moi, je ne le pourrais pas. Et je me fous de ce que disent les ecclésiastiques, ou même l’Ecclesiaste.

Vous me regardez drôlement, qu’est-ce que j’ai dit ? Vous me regardez avec défiance ? Mépris ? Qu’est-ce que j’ai dit ? Ma belle, dis-moi, America Inès, je t’en prie, beauté statuaire et lumineuse, dis-moi. Tu me craches au visage ? Je n’ai rien compris et ne comprendrai jamais rien ? Mais de quoi à la fin ! Que dois-je comprendre ? Qu’avez-vous de plus que moi, n’êtes-vous pas pétri d’un désespoir semblable ? Si !

La simplicité… Ici ce n’est pas la terre des délices ou je ne sais quoi, que le blanc que tu es croit trouver sous les tropiques. C’est la terre de Délice, Limond, Capitolin, tous les autres, dont, au fond, tu te ries, à commencer par nos noms. C’est la simplicité qui te manque, et l’humilité.

 

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Cette nouvelle a été créée à partir de prénoms haïtiens, indiqués en gras.

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