14. León — Ponferrada

27 janvier, 4 heures

Je ne dors toujours pas. On a tous un problème d’immigration alors ? On est tous le noir de quelqu’un, faut être honnête. Mais ma mère ? Se dissoudre dans une unique identité ? Ce n’est pas parce qu’elle n’est pas née dans un « quartier » qu’il n’y a pas les mêmes questions. Il y a forcément la tristesse des parents, le soir, quand les pensées reviennent au pays laissé derrière. Reviennent aux morts laissés derrière. Et être très brune. C’est forcément suspect d’être aussi brune, le teint olivâtre, ressembler à une guitare. Comment fait-on pour ignorer tout cela ? On se jette dans la culture savante et on appelle ses enfants comme des dieux grecs… Bien sûr.

 

Quand je pense que je me moquais des doutes identitaires d’Iris. « Mais bien sûr que tu es française, c’est écrit sur ta carte d’identité, tes parents sont nés ici, t’as fait l’école ici, qu’est-ce qu’il te faut de plus ? » Rien. Il ne fallait rien « de plus ». Pour elle ça allait de soi d’être française, mais justement il y avait en elle quelque chose « de plus ». Une mémoire ancestrale. Un attachement à un monde inconnu. Un fardeau supplémentaire. Deux fardeaux d’ailleurs. Quelle idée ont eue ses parents, à Marseille, de se marier et d’avoir deux filles. Quelle idée quand on est un juif italien, fils des rares survivants d’Auschwitz, de partir étudier en France et de s’amouracher d’une Arménienne qui refuse d’épouser l’homme que lui a trouvé la communauté. Je l’ai entendu dire quelquefois, « franchement, qu’est-ce qu’il m’a pris d’épouser la mémoire d’un autre génocide ! ». Il y aurait eu peut-être moins de drames. Moins de Méditerranée. Une mémoire plus simple. Un peu plus univoque. Plus victimaire peut-être. À la place, Iris a hérité de presque tous les atavismes méditerranéens et de deux tragédies du XXe siècle. La culpabilité, bien sûr. Cette merveilleuse culpabilité et responsabilité du malheur du monde, de ses aînés, de ses proches. Être la mère de tous. Faire toujours passer la terre entière avant soi. Voilà ce qu’elle porte. Et la violence qui va avec. La violence du rejet permanent, la peur aussi. Parce qu’on rejette les femmes dans notre monde aussi. On rejette les étrangers. On rejette les différents. La violence d’aller toujours de l’avant. Mais ce n’est pas la haine. C’est autre chose. Une volonté de survivre plutôt que de vivre. Être pour les autres. Donner de la vie et de la tendresse. Ne jamais rien recevoir.

Et on peut dire qu’elle avait tiré le gros lot du destin. « J’aurais préféré être d’origine maghrébine, ça aurait été plus simple à expliquer, pas à vivre, mais à expliquer oui ».

Moi, je l’avais écoutée jusqu’au bout son histoire. Rien de terrible en soi. Pas de misère, pas de pauvreté. La volonté du travail et de l’application. La fierté de toutes ses origines, aussi. Oui. Malgré tout. Une fierté farouche. Comme celle d’une impératrice déchue. Comme le dernier des Mohicans. Une forme de courage que je ne peux pas comprendre. « Tu te rends compte de tout ce qu’il a fallu traverser pendant des générations pour que je sois là aujourd’hui ? Je ne vais pas baisser les bras. Je leur dois à tous de réussir. »

Ça peut paraître très beau vu comme ça. C’est destructeur au fond. Parce que la tristesse et l’abattement sont bannis. Parce que l’individu est banni. On ne peut pas vivre pour ses morts. Personne n’est là pour ça.

Iris… C’est une divinité grecque aussi… Je n’avais jamais fait le lien. J’aurais tant de questions à lui poser aujourd’hui. Je voudrais être la tendresse qu’elle attend, l’épaule sur laquelle se reposer. Être son « gars sûr » comme disent les rappeurs qu’elle écoute. Je peux être cela. Je n’avais pas compris…

Je veux appeler ma mère. Non… Je n’ai pas pensé ça ? Ça va mal.

 

J’en ai marre. Il est 6 heures, je suis prêt, la réception ouvre dans une demi-heure, je m’en vais. Je petit-déjeunerai à Astorga. J’aurai le soleil levant dans le dos.

 

9 h 10, Astorga

Je suis défait. Je n’en peux plus. J’ai faim et je veux dormir. Qu’est-ce qu’il m’a pris de partir ainsi ? Je m’enfonce dans la vieille ville d’Astorga. Magnifique. Place de la mairie, café. Je revis. Je complimente le serveur sur sa ville. Il n’en fallait pas plus pour qu’il s’improvise historien. Cette ville a plus de deux mille ans d’existence, ses pierres en ont vu passer des pèlerins. Et elle fut la première à se rebeller contre les Français en 1808, « mais malheureusement ce foutu Napoléon a gagné la bataille ». Sentant une certaine colère chez mon interlocuteur, je m’empresse d’abonder dans son sens et de me faire passer pour belge.

Demi-heure de bile anti-napoléonienne plus tard, je reprends mon vélo, direction la cathédrale… D’abord la cathédrale, puis à 11 heures le Musée du Palais épiscopal. Une autre œuvre de Gaudi hors de Catalogne, dans un style faussement médiéval et gothique. Il me fait penser aux châteaux qui illustraient les contes de fées de mon enfance.

Trois rectangles verticaux reliés par de petites arches. Voilà l’impression que donne la cathédrale de face. Comme un jeu de construction. Une symétrie approximative, renforcée par les couleurs différentes des pierres. Des détails. Des milliers de détails. Des colonnes sculptées, des saints, des agneaux… Toute l’imagerie catholique au grand complet. C’est lourd, c’est gras et sucré à la fois. Oserai-je dire rassurant ? Je me retrouve à considérer cette architecture comme des beignets de grand-mère. Et ces grilles ! Du fer poétiquement tordu en volutes improbables. Caresser les grilles en les traversant. Avoir du respect pour le travail de l’artisan. Ce n’est pas du tout parisien. Faut que je me surveille.

Iris, encore. Famille d’artisans. De ceux qui ont toujours construit leur vie, au sens propre et figuré. Elle avait ça dans le sang aussi. La force du poignet et la sueur au front. Mais rien, jamais rien d’impossible. On ne connaît pas ça, nous, les familles d’employés. Les familles de comptables, juristes, administrateurs… On cherche toujours une vérité parfaite et abstraite, on se réfugie derrière des normes et des standards. Derrière des « on » justement. Des ensembles vides.

Les couleurs sont douces ce matin. Les vitraux irradient en pastel. La pierre est incroyablement jaune, mais devient rose, bleu pâle, dans la douceur d’un rêve.

Je n’ai pas compté le nombre de retables et statues de bois que j’ai croisé dans les allées. Dorées, peintes, vivantes. On sent les processions millénaires dont elles font l’objet.

Le retable central est gigantesque. Écrasant. Il représente les étapes de la vie du Christ, rien de très original en soi. Mais là encore, une vie, une ferveur, une dévotion dans les figures qui ne peuvent se concevoir.

Je ressors pour faire le tour du parc jusqu’à l’entrée du Palais épiscopal ; ce château où se trouvent un peu partout des évocations de la coquille Saint-Jacques. Semi-austère, semi-grandiloquente, l’architecture est étrange. La lumière est partout. Plus que la lumière, la clarté. La chapelle est splendide, ornée de vitraux violemment colorés et de mosaïques que je dirais barocco-byzantines tant elles sont complexes. Pourtant, rien ne paraît lourd. L’ensemble des murs, blancs, donne une atmosphère fraîche et pieuse à l’édifice.

Les collections du musée sont certainement intéressantes pour les férus d’art dévot. Mais ce n’est pas franchement mon cas. Je reste accroché au souvenir frappant de la chapelle et des salles si blanches et lumineuses sur un parquet de bois hospitalier.

Il est midi, j’achète de quoi manger en route. Je n’ai pas encore faim mais j’ai près de quatre heures de route d’ici Ponferrada. Dans la vitrine d’une boulangerie, je vois des beignets. Des beignets tout simples. Appeler ma mère.

— Allô ?

— Ha, Janus, ma déception de fils.

Excellent, moins de dix mots échangés et je regrette déjà d’avoir appelé.

— Dis, tu te souviens des beignets de mamie ?

— Tu m’appelles pour parler cuisine ? Oui, bien sûr que je m’en souviens, c’était gras et sucré, parfaitement immonde.

— Pourquoi t’es odieuse en fait ? dis-je sans même m’en rendre compte.

— Pardon ?

— Oui, pourquoi est-ce que jamais rien ne convient ? Pourquoi ne vis-tu que dans le mépris ? Ou dans le déni ? Parce que, sérieusement, comment as-tu vécu ton enfance, ta jeunesse, enfin comment es-tu devenue l’adulte que tu es ? Pourquoi ne parles-tu jamais de rien ?

Elle a raccroché. Je l’ai cherchée d’un autre côté. Je ne sais pas ce qui m’a pris. Comme si la partie de mon cerveau qui empêche de dire tout ce que l’on pense avait été déconnectée. Je n’ai pourtant rien bu. Mais je veux parler des beignets de ma grand-mère ! Hum… Vesta doit être en pause déjeuner, ça se tente.

— Vesta ?

— Tiens, le pèlerin, je pensais à toi.

— Ha oui ? venant de ma sœur ce genre de marque d’affection est renversant.

— Oui, je vais faire des coquilles Saint-Jacques ce soir. Je sais, c’est pas vraiment une raison de penser à toi, mais bon, saint-jacques, Saint-Jacques, enfin tu vois quoi… Pourquoi t’appelles ?

— Tu te souviens des beignets de mamie, t’étais petite, mais… ?

— Bien sûr que je m’en souviens ! Ça dégoulinait de gras et le sucre crissait sous la dent. Tu sais ce qu’on aurait dit en fait ? Des beignets espagnols. C’est pour ça que tu en parles ?

— Oui, y a les mêmes devant moi, là. Mais bon c’est logique qu’ils aient eu l’air espagnols ses beignets !

— Pourquoi ?

Je me retrouve bête. Elle n’est pas plus au courant que moi la semaine dernière… Qu’est-ce que je fais maintenant…

— Allô ? Janus ?

Je suis resté silencieux trop longtemps…

— Hé bien… En fait… Putain, ce n’est pas à moi de te le dire, mais tant pis. Papi et Mamie Soufflé… Ils étaient espagnols. Des républicains, des immigrés.

— Hahahahaha, mais bien sûr. Et maman nous l’aurait jamais dit. Qu’est-ce que t’as fumé ?

— Rien Vesta, je te jure. C’est maman qui me l’a dit, l’autre jour, quand j’ai passé la frontière.

— Attends t’es sérieux ?

— Ben… Oui…

Nous restons silencieux un moment. Je ne sais pas comment réamorcer la conversation, quand j’entends comme des reniflements.

— Vesta, ça va ?

— Oui, enfin non, mais oui. Je… C’est compliqué. Bon on va faire court et direct. Depuis que tu es allé voir un psy, je me suis dit que ça pourrait peut-être pas me faire de mal non plus, vu le désastre de ma vie sentimentale tout ça.

— Ha bien.

— Oui, et bon, bref, elle m’a dit qu’il lui semblait que maman nous avait élevés dans le silence pour cacher un truc.

— Ça oui… J’aurais tant de questions à lui poser.

— Du genre pourquoi elle nous l’a jamais dit ? Est-ce que papa est au courant ? Etc ?

— Oui.

— Je vais les lui poser moi.

— Non, attends, Vesta, je n’étais même pas censé te le dire !

— Elle t’a dit de le garder pour toi ?

— Euh… non. Non elle ne l’a pas dit.

— Alors c’est notre histoire. Et pour une fois que je peux faire quelque chose pour ma propre vie. Prendre une décision pour moi et pas juste faire ce qu’elle veut. Tu sais, j’aurais dû te parler depuis un moment… Mais j’osais pas. Je pensais que t’étais comme Phébus, que t’en avais rien à faire de moi. Et puis, on m’a bien appris à te détester.

— Oui je suis quand même plutôt l’excentrique de la famille.

— T’as pas idée, tu laisses parler les gens. C’est un truc inconcevable.

— Alors, qu’est-ce que t’as à me dire ?

— Trop de trucs pour un coup de fil. Mais je vais changer de carrière, je crois. Je me suis renseigné pour des formations de cuisine.

— C’est génial !

— Oui, mais je sais pas comment je vais le dire aux parents… Mais en même temps, j’ai 38 ans. On s’en fout un peu non ?

— Bah… Je dirais que oui. Mais on sait bien que non…

— Bref, on s’en parle quand tu rentres. Et tu sais, je suis fière de toi. Ce que tu fais. C’est courageux. Vraiment. T’as jamais eu peur de partir et tu n’as jamais fui. Là t’es parti parce que tu fuyais quelque chose. Peut-être le vide, peut-être autre chose, je sais pas, je te connais pas assez bien pour le dire. Mais en tout cas t’es pas parti comme d’habitude.

— C’est vrai. C’est très vrai. Putain, comment on peut arriver à dire qu’on ne se connaît pas assez pour se dire ce genre de chose ?

— Ben, Janus, t’as vu nos parents… ? Ils nous ont adressé la parole combien de fois dans notre vie ?

— Ce n’est pas faux… Et Phébus, tu lui as parlé ?

— Phébus ? Non… Je veux pas.

— Pourquoi ?

— Il veut plus que tu vois sa famille maintenant, de peur que tu mettes des « idées de bigots » dans la tête de ses enfants. Et puis… Je sais pas… Sa femme elle est de plus en plus… Enfin… Elle a des propos…

— Ben elle n’a jamais été très tolérante.

— Oui, mais là, depuis Charlie, c’est…

— Ha… Et bien si même les juristes de gauche se mettent à être racistes, on est foutu.

— T’es bête ! dit-elle en riant un peu.

— Faut appeler un chat, un chat.

— Oui… Oh merde, faut que j’aille manger, j’ai une réunion dans vingt minutes. Bisous.

— Bisous.

Je viens de dire « bisous » à ma sœur. Oh comme ça, ça n’a l’air de rien. Probablement. Mais ça n’était jamais arrivé. Je suis interloqué. Nous avons parlé comme des gens normaux. Je veux dire, comme des gens qui se connaissent. Avant… J’avais des conversations plus chaleureuses avec des collègues de bureau qu’avec ma sœur.

 

16 h 30

J’arrive à Ponferrada. Mouillé. Je fais un détour pour entrer dans la ville côté château des Templiers. Pour l’admirer d’en bas, citadelle imprenable.

La ville n’a pas un charme fou, la basilique non plus. Disons que c’est une ville sympathique. Avec tout ce que cet adjectif a de facile. Le château, lui est magnifique. Un vrai château fort, à faire rêver n’importe quel chevalier de six à douze ans.

Je trouve facilement une chambre pour la « nuit », à vrai dire je m’écroule instantanément sur le lit. Je me réveille à 19 heures. Parfait pour profiter de la soirée relativement douce.

Je me mêle comme d’habitude aux habitués d’un bar. Tous me félicitent d’être arrivé jusque-là de mon périple. Une jeune femme aux traits sévères s’avance vers moi, je lui souris par courtoisie, elle ne me rend pas mon sourire, elle me fusille du regard et me fait signe de la suivre sur la terrasse. Ce que je fais sans savoir pourquoi.

— Maintenant il faut vous taire. Et constater le vide.

Et mince, ça faisait longtemps que je n’avais pas croisé quelqu’un qui monologue.

— Le vide de quoi ? demandais-je.

— Le vide qui est là, dit-elle en touchant du bout de l’ongle le centre de ma poitrine qui se glace instantanément.

— Qui êtes-vous ?

— Antigone, mais qu’est-ce que cela peut faire? C’est le vide l’important. C’est ce qu’on ne dit pas. C’est ce qu’on fait sans savoir pourquoi. C’est ce qu’on dit alors qu’on n’est pas censé le dire, c’est quand on obéit à des forces qu’on ne voit pas. C’est peut-être le destin ou les dieux. Je n’en sais rien. Les mots n’ont pas d’intérêt sur ce genre de concept. Il y a aussi le vide de la mort. Quand les modèles sont partis. Comme ce Nelson Mandela. Un grand homme. Ou Stéphane Hessel. Ce genre de grands hommes. Il faut les enterrer d’une certaine manière. Parce que leur mort. Ce n’est pas un décès. C’est un début aussi. Le commencement de la légende ou de l’héritage. Il n’y a plus le temps. Il n’y a plus de temps pour mégoter. Il faut agir. Mais tout reste suspendu : les mouvements, les paroles et les larmes. Il y a encore le grand mur des idées déjà faites. On préfère toujours imaginer plutôt que voir. Calquer ses peurs surtout. D’abord ses peurs, après ses espérances. Jamais de vraie joie dans la vie des humains. Jamais de simplicité. Des idéologies encore et toujours. Moi c’est cela que je vois partout. Peut-être que c’est ma peur qui parle. Pourtant je cherche à voir le reste : le partage, l’espoir amical et tolérant. Il faut se tenir droit. C’est cela l’essentiel. S’en tenir à ses principes aussi. Malgré tout. Et tout, je veux dire vraiment tout : la souffrance, les fâcheries, s’en tenir à plus haut que soi quitte à s’y perdre soi-même. Suivre la voie tracée par les étoiles. Se jeter dans la bataille pour qu’il y ait encore de nouveaux modèles, comme eux.

 

Je cligne à peine des yeux qu’elle a disparu. Au sens littéral. Il n’y a plus personne sur la place. Elle n’a pas pu la traverser si vite. Il est déjà minuit vingt, je devrais rentrer.

C’est ma dernière nuit en Castille. Demain j’entre en Galice. Je ne suis plus qu’à 200 km de Saint-Jacques. Être un modèle ? Avoir des principes ? Je n’ai jamais réfléchi de la sorte. Spontanément je dirais que je veux être « juste quelqu’un de bien ». Être un pont, un passeur. Être fidèle à quelque chose de plus haut que soi… l’humanité tout entière alors. Le témoignage de l’humanité tout entière. Après tout c’est ce que j’ai transmis toute ma vie. J’ai peut-être toujours été fidèle sans le savoir. Je ne vais pas réfléchir à ça maintenant. Je pense d’ailleurs que ce genre de considération ne peut se faire qu’à titre posthume. Et je ne compte pas mourir. Pas tout de suite.

Voilà pour le 27 janvier 2015. 27 janvier ? Mince… Il y a soixante-dix ans, on libérait Auschwitz. Iris a dû pleurer en famille, peut-être est-elle allée à la synagogue avec son père. Il faut que j’arrête de penser à elle. Ou que je me décide à refaire irruption dans sa vie. Il n’y a pas de troisième choix.

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