15. Sarria — Portomarín

Mercredi 28 janvier

Se réveiller encore. Se lever encore. Une partie de moi n’a plus envie de tout ça. Je veux arriver et rentrer à la maison. Je suis trop épuisé. Physiquement, moralement c’est autre chose. Toujours les mêmes rêves, toujours les mêmes images.

Et de plus en plus d’Iris. Comme si elle colonisait tout, qu’elle grignotait petit à petit mon cerveau. Pour s’y faire une place au chaud.

 

6 heures, insomnie.

Je marche en rond dans la ville, mais je n’en peux plus. Je découvre la gare, parfaitement laide. Mais il y a un train pour Sarria, ma prochaine étape. Deux heures et demie de train ou près de sept heures de vélo ? Le calcul est vite fait. Le train part dans un quart d’heure.

 

Arrivé à Sarria, je descends le long d’un minuscule cours d’eau vers le monastère de la Magdalena. Un édifice superbe, hors du temps. Une bâtisse pour moines médiévaux où l’on se sent à la fois épié de toutes parts et en sécurité. Je trouve de quoi me restaurer à l’auberge pour pèlerins, entièrement vide. Ils sont déjà partis ou à la messe. Ce n’est pas aujourd’hui que je vais rencontrer des gens.

 

Le monastère est splendide, imposant, ancien, contemplatif. Et vide. Après les politesses d’usage auprès des employés et ecclésiastiques, plus grand-chose à dire. Je repars sur la route vers Portomarín.

 

Cela fait longtemps que je n’ai pas appelé Germain, me dis-je en traversant un minuscule pont romain.

— Germain ?

— Janus ! Où es-tu ? Que se passe-t-il ?

— Bof… Tout et rien, énormément, et rien du tout. J’ai eu ma sœur, on s’est parlé comme des humains normaux. Je suis à Sarria. Je suis lessivé. Je ne sais pas encore pourquoi j’avance.

— Eh bien. Ça fait beaucoup en effet. Mais tu es trop loin pour faire demi-tour.

— Je sais… Et toi ?

— Ma foi, pas grand-chose en comparaison ! J’ai enfin de quoi commencer les travaux au presbytère.

— Voilà une bonne nouvelle.

— Mais du coup, Janus, ta sœur, elle est au courant pour vos grands-parents ?

— Maintenant oui… Je ne voulais pas lui dire mais je n’ai pas vraiment eu le choix… Elle était remontée, déjà qu’elle a décidé de changer de vie sans rien en dire aux parents.

— Ha oui, vous êtes en grande rébellion familiale à ce que je vois !

— Tout à fait !

— Et Iris ? Tu penses toujours à elle ?

— À chaque pas. Ça devient insupportable. Et hier j’ai encore vu…

— Bruce Willis ?

— Hahaha, arrête Germain, ce n’est pas drôle ! Non, Antigone.

— Antigone ? ! ? Tu avais quelqu’un à enterrer ?

— Mes grands-parents peut-être. Après tout, on nous a interdit de le faire.

 

Je parle encore un moment à Germain, il m’apprend qu’Aléxis Tsípras a été nommé Premier ministre en Grèce. C’est fou, je n’ai pas regardé les actualités depuis que j’ai quitté la France. Je suis comme détaché de mon propre monde.

 

Antigone parce que je n’aurais pas enterré quelqu’un ? Cette pensée tourne dans ma tête avec la route qui se déroule. Bien sûr que non je n’ai jamais pleuré mes grands-parents. Je n’ai pas non plus compris le concept de « venir d’ailleurs » ? De cette identité que la société vous renvoie au visage plutôt que celle que vous choisissez. Bien sûr que je connais le concept. Je l’ai étudié en sociologie, j’en ai parlé en long et en large. Mais je ne l’ai jamais ressenti. D’après Iris tout cela est la seule fatalité qui existe. Un poids qu’on porte au fond des yeux. Scruter toujours avec une certaine insécurité le monde. Avoir des doutes d’être à la hauteur de ceux qui ne sont plus là. Et toujours devoir prouver aux autres qu’on n’est pas ce qu’ils pensent. Avoir un orgueil aussi ou ce qui y ressemble. Je me souviens du rédacteur en chef qui l’avait prise de haut : « on ne vous doit rien jeune sotte alors baissez les yeux et soyez jolie ». Grand mal lui en avait pris. Sa réponse fut sans concession ni tremblement : « je ne demande rien, je m’applique à être réglo, digne et intègre. Si ça vous dérange, je m’en vais, je n’ai rien à vous dire, je ne discute pas avec les gens qui jurent sur l’honneur mais ne savent pas écrire ce mot. ». Sur ce elle partit sans même prendre la peine de claquer la porte. Elle ne cherchait pas le théâtral. Elle avait dit ce qu’elle avait à dire… Je l’ai rattrapée, lui ai donné le contact d’un ami qui lui trouva un autre poste de juriste assez rapidement. Et moi j’étais dorénavant obsédé par un désir de boire ses paroles et la profondeur de ce que je venais de voir dans ses yeux. Un éclair froid, tranchant mais vibrant comme un feu. C’était peut-être cela le poids dont elle parlait.

 

Irún, Guernica… je ne sais pas où sont ces villes exactement, mais pas très loin je pense. J’ai toujours eu une fascination morbide pour ces lieux de grand désastre, ces villes rasées. Je me souviens d’Oradour sur Glane. Un décor vidé de tout et pourtant rien ne semblait vide. Il y avait une densité qui rendait l’air irrespirable. Et ces gens qui pleuraient. Je me souviens d’un groupe de quatre militaires en vacances, ils avaient du mal à retenir leurs larmes. Je n’ai pas pensé à leur demander d’où ils venaient, ce qui les mettait en vibration avec ce lieu. Je le regrette aujourd’hui.

 

Voilà une heure que je roule. Des champs et des forêts, de jolies routes de campagne bien tranquilles. J’arrive progressivement à la hauteur d’une jeune femme. Ma première réaction est de penser qu’effectuer ce genre de pèlerinage, à pieds, seul, est déjà peu sécurisant, mais seule… Est-ce une idée machiste ou une précaution de vieillard inquiet ? Ou n’est-ce que lucidité sur l’état du monde ? Non, ne serait-ce que pour l’effondrement de force physique que je ressens depuis quelques jours, ce n’est pas machiste. Et je ne suis pas un vieillard, je fais juste une crise de la quarantaine.

 

Elle a un drapeau italien cousu sur son sac, je l’interpelle donc :

— Bon giorno !

 

Elle me lance un regard assassin. Ok, peut-être que je suis un vieux con, elle est en sécurité avec elle-même.

 

— Bonjour, qu’est-ce que vous me voulez?

— Euh, rien… je fais Compostelle, vous aussi on dirait ?

— Oui, en effet.

— Je suis journaliste, je voudrais savoir pourquoi les gens partent en pèlerinage.

— Pourquoi? Parce qu’ils ont le cœur brisé et sont prêts à tuer.

 

Sa réponse a le mérite d’être claire en plus d’être carrément effrayante.

 

— Oh, je comprends, mens-je.

— Non, vous ne pouvez pas comprendre, vous êtes un homme et vous n’êtes pas italien.

— En effet… vous pouvez m’expliquer alors ?

— Imaginez-vous Médée?

— Ma foi oui, je vois qui elle est.

— Non. La question n’est absolument pas ce qu’elle est. Mais ce qu’elle ressent. Ce qu’elle vit, ce qui la pousse justement à ne plus être ce qu’elle est!

— Il vous a laissé tomber ? dis-je comme une bouteille à la mer.

— Oui, enfin ce n’est pas si simple. Il m’a menti, trahie. Il m’avait juré être propre, juré ne pas avoir de lien avec des familles. C’est faux. Alors, qu’il périsse! Je veux lui vouer une haine sans limite, le détruire à petit feu et grandes souffrances. Me faire miroiter la meilleure version de moi-même et une possibilité de bonheur pour tout me reprendre, me précipiter à nouveau dans les terreurs et solitudes qui ont toujours été les miennes. Fuir tout cela, se détacher de tout cela. J’y avais cru. Et quoi? Rien. Rien du tout. Même pas une larme pour orner mes paupières, aucune ride à ma bouche pour marquer l’amertume ou la tristesse de mon cœur. Rien pour entacher le masque insoluble de mon visage. Ce rire de brasier. Vous le verrez ce rire, vous le verrez tout ravager, brûler jusqu’à l’os tout ce qui semblait bâti pour durer. Raser les villes et les espérances, faire le mal, le mal absolu, pour ne pas être la seule à avoir mal, parce qu’on ne supporte pas de ne pas savoir pleurer. Ravager l’éternité elle-même et se vouer au diable, jouer à qui gagne-perd pour être tout à fait sûre d’avoir au moins l’absolu de quelque chose, d’être au moins radicalement quelque chose : triste, morte, ensanglantée, criminelle, qu’importe, mais être résolument et clairement quelque chose! Car oui, oui, au plus profond, il y a bien une Médée qui préfère la destruction du monde à une égratignure de son cœur. Alors qu’il se déploie ce rire de brasier, qu’il enflamme et fasse tout périr dans un grand éclat, très rouge. Et en mourir à la fin. Se déchirer soi-même du rire cruel d’un crâne édenté. Rire pour défier toute la création. Rire puisque je suis pitoyable, incapable de faire un deuil, incapable de haine réelle. Alors, rire pour mimer le mépris et la force. Rester debout. Non pas se relever, je ne suis pas tombée. Cela ressemble à de l’orgueil. Mais ce n’est qu’un mensonge. Rire parce qu’on ne s’était jamais aperçue qu’on était tombée. Traîtrise des sens, traîtrise de la perception. Comment se relever quand on ne l’a jamais fait? Rire. Absolument. Résolument. Désespérément. Effrontément. Et à jamais.

— Il vous a tant fait souffrir ? dis-je en revenant égoïstement à moi-même et Iris.

— Non, pas lui, je me suis fait souffrir seule, c’est moi qui suis tombée en premier lieu, et qui suis restée à terre.

— Une histoire, ça s’écrit quand même à deux… fis-je remarquer.

— C’est ce qu’on dit, mais ce n’est pas ce qu’on nous apprend, à nous, les femmes. C’est toujours nous qui n’avons pas été suffisamment douces ou soumises ou à la hauteur. Nous n’avons pas fini d’avoir besoin de psychiatres.

— Ou de pèlerinage ?

— Ou de pèlerinage. Quoique je marche pour me faire pardonner la haine.

— À quoi bon ? N’est-ce pas légitime ? demandais-je avec une sincère incompréhension.

— Bien sûr que si, et bien sûr que non. Là encore, on ne m’a pas éduquée en ce sens. C’est à peine si une femme peut ressentir de la haine pour celui qui égorgerait son enfant. Non, la haine et la vengeance sont des histoires d’hommes. Parce que nous devons préserver la possibilité de pardon et de compassion. Comme les vestales antiques. C’est un sacerdoce. C’est trop lourd à porter, mais personne d’autre n’est là pour le faire. Et je tiens à cette mission, sinon ce serait le chaos.

— Mais il faut un équilibre tout de même !

— C’est pour ça que je marche. Maintenant laissez-moi seule, s’il vous plaît, Janus, je n’ai plus rien à vous dire.

— Pardon ? ! Vous connaissez mon nom ??

— Pandore est une amie…

 

Je reste sans voix et continue à rouler, elle n’est plus là quand je me retourne. Bien évidemment. Médée, donc. Iris m’a-t-elle haï ? S’est-elle haïe elle-même ? Me faisait-elle réellement confiance ? Oui, je le crois. Mais il me faudrait lui demander. Je brûlais de la revoir pour l’embrasser et lui faire l’amour, je rêve maintenant de lui parler, n’avoir même que la chance de lui parler vingt minutes. Tant pis, la vie est trop courte à la fin… Tant pis pour ma fierté de mâle, tant pis pour ce qu’il peut advenir. Je sors mon téléphone, là, au milieu de ce pont stupide, cette route tendue et suspendue entre les deux berges du Minho, portée par de maigres piliers de béton.

« Salut. » Non, j’efface. Je recommence. « Iris, il faut que je te l’écrive, depuis des jours il n’y a plus que toi dans ma tête. Toi, toi, encore toi. » Je ne sais pas quoi dire de plus. Ce n’est pas bien brillant… Tant pis… Je signe et ajoute un bête smiley, pour ne pas avoir l’air sec. Elle ne répondra pas, je le sais. Qui répondrait ? Je l’ai trop fait souffrir.

Je ferais mieux de me concentrer sur l’histoire de ma famille au lieu de la mettre à gauche et me livrer aux souvenirs de cette femme. Voilà ma pensée en montant l’improbable escalier de la Capilla de las Nieves.

En haut de ce pont-escaliers, un portique, après le portique, une grille. J’ai l’impression d’ouvrir boîte sur boîte et de ne jamais trouver le cadeau. Et effectivement. Il s’agit d’une petite statue de Saint-Jacques. Rien de plus. Le dénuement de la pierre sèche et une petite statue en bois peint.

Je redescends avec dépit l’escalier et reprends ma route vers le centre-ville. Que pense-t-on quand on fait un chemin inimaginable pour n’arriver nulle part ? Je veux dire, mon chemin est très long, mais je vais à Compostelle. Mes grands-parents n’ont rien trouvé en arrivant. Un camp qu’il a fallu construire eux-mêmes, ou une errance invraisemblable en trains pour trouver un travail de fortune ou retrouver des connaissances. Comment sont-ils arrivés dans le Jura ? Je n’ai pas d’idée.

Je suis épuisé en fait. Ce village est attendrissant, tout en pierres brunes, il s’en dégage une humilité médiévale.

L’Igrexa de San Xoán de Portomarín est perturbante. Imaginez un gros parallélépipède de pierres grises, relativement lisses, portant une immense rosace percée et de petites tours à créneaux. Et une porte monumentale. Rien de plus. Je monte les six marches qui séparent la vie de la cité de la vie divine. L’intérieur est tout aussi sobre, mais blanc. L’architecture me rappelle Split, les bâtiments romains chrétiens. Indatables, accueillants, apaisants. Je m’assois calmement et ne pense à rien. Plus rien, je contemple.

Je ne pense plus. Je ne parviens plus à penser. Qu’est-ce que tout cela signifie ? Je fais un voyage spirituel. Voilà ce que vient de me dire Germain. Oui j’ai appelé Germain, je ne savais que faire. J’entre dans le spirituel, m’a-t-il dit. Ce moment où l’on ne cherche plus d’explication, on constate. En effet je constate. J’ai déjà vécu ça. Mais c’était terrible, je n’avais plus d’air dans ces moments-là. Que je me souvienne… où était-ce ? Une ville détruite, rasée… Gjakova. Les Albanais l’appelaient ainsi, les Serbes avaient un autre nom, je ne sais plus lequel… Je n’étais pas prêt à cette guerre. Pas du tout. Si tant est qu’on puisse être prêt pour une guerre. Enfin, je ne suis pas un combattant, je ne suis qu’un témoin volontaire.

Évidemment on ne pouvait que constater… il n’y avait plus rien à panser. Mais là ce n’est pas ça, c’est plus lumineux. Et une latence, je ne sais comment dire, attendre que le monde se passe sans moi, être ouvert à toute possibilité et serein. Je n’ai jamais connu ça.

Sortir, manger un morceau. Sourire aux gens, parler de tout et de rien. Cela me semble vide. Ce n’est pas avec des considérations générales comme « il fait beau aujourd’hui » ou « vous aimez le paysage ? » que je vais écrire… Écrire quoi d’ailleurs ?

Sur ces considérations qui frôlent le mélodramatique, à mi-chemin entre le zen et la dépression, mon téléphone vibre. Ce doit être Germain, ou ma sœur.

Non. C’est Iris. Iris ! Mon cœur ne fait qu’un bon. Je me jette avec voracité sur l’écran. « Salut. Tu vas bien ? Ton message est un peu inquiétant, t’avoueras. J’ai beaucoup pleuré à cause ou grâce à toi, je ne sais pas, j’avais beaucoup de tristesses à purger, tu sais… Bref, en ce moment je prends de la distance, j’ai besoin de réfléchir à pas mal de trucs. Je te recontacte plus tard, on se retrouvera à Paris. Bises. »

Donc elle n’est pas à Paris. Donc elle ne me hait pas. Donc elle prend du recul. Ok. Ça fait pas mal à encaisser là. Attends une minute. « Bises. » Ok… Je… Ok… Ne pas s’emballer. Trop tard. Je tire des plans sur la comète rien qu’avec ce mot, comme un ado de 14 ans à qui une fille vient de sourire.

Il est 15 heures, faut que je bouge. J’ai encore des sites à voir d’ici ce soir, toujours sur le territoire de cette commune, avant le gîte. Mon genou me fait atrocement souffrir. Je ne peux pas continuer mais je vais continuer. Quelle était cette phrase de Beckett déjà ? Ah oui : « Il faut continuer, je ne peux pas continuer, je vais continuer ». Voilà exactement mon état présent.

Alors je redescends vers le fleuve pour reprendre le Chemin sur encore une dizaine de kilomètres, jusqu’à Castromaior. Pente légère en ma défaveur. Je ne suis plus à ça près.

Santa Maria y San Juan de Castromaior, une petite église trapue et basse, qui aurait trop subi le vent. Intérieur sombre et cryptique. La pierre qui respire, qui vibre de ses siècles d’histoire. Une statue de la vierge, ancienne, me regarde paisiblement. Je n’ai croisé personne. Je me sens seul sans éprouver de solitude. Mon corps est empli de douleur et d’une sensation nouvelle. Comme la fureur de vivre lorsqu’on a évité un obus de mortier mais sans l’adrénaline, sans la sueur et le cœur qui sort par la gorge. Sans les morts autour non plus, bien sûr. Mon Dieu, j’ai vu tant de morts. Me voilà qui verse des larmes face à cette Vierge qui me couve du regard, ne me juge pas.

 

Le brouillard est tombé quand je ressors. Des nuages qui se posent délicatement sur les plaines alentour, mais la clarté est bonne. Je veux encore traverser le Castro, ce site de l’Âge de fer, ce labyrinthe de pierres. Je veux sentir ces pierres millénaires contre la paume de mes mains. J’ai toujours aimé les pierres. Elles sont la stabilité du monde. Une pierre n’en a rien à faire des guerres, tout ce qui la blesse c’est l’eau et le vent et il faut pour cela des millénaires. Alors quand des hommes du fond des âges arrivent à faire des murs en empilant ce que leur labeur a taillé comme roche, et que cela est toujours debout, il faut que j’aille voir, sentir. Le brouillard est magnifique sur ce paysage. Il doit y en avoir, des fantômes, mais ils ne doivent rien avoir à me dire, je ne vois personne. Je m’écroule à l’auberge de l’Alto da Cruz après avoir pris la pluie. Il est 19 h 30.

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