Ceux qui marchent vers le couchant

Mon nom importe peu. Appelez-moi Janus, Janus Espérance, si vous le souhaitez. Mais personne ne considère vraiment la signature d’un article n’est-ce pas ? Car c’est ce que vous tenez là. Un ensemble d’entretiens. Certes, les témoins ne sont pas banals.

Je vois des fantômes. Voilà, c’est dit. Janus Espérance, athée, prosélyte et cartésien convaincu, voit des fantômes.

Pour vous narrer la genèse de ce projet, il me faut remonter à janvier 2015. Un jour, vous savez bien lequel, je me suis dit que quelque chose n’allait vraiment pas. Et je voulais sonder l’avis de personnages légitimes. Légitimes avec un grand L, j’ai cherché durant des jours qui pouvait l’être, à l’heure où les icônes se font et se défont en moins d’un quart d’heure, où plus personne ne semble respectée ou respectable…

Ne trouvant pas de réponse à cette question, j’ai décidé d’effectuer un pèlerinage. Moi l’athée convaincu, extrémiste même. J’ai pris mes baskets et mon sac à dos. Et je suis parti vers le couchant, vers Compostelle !

Pourquoi Compostelle ? Pour traverser la France, pour voir du pays, pour ne pas me tourner, comme tout le monde, vers le Moyen-Orient, pour aller voir ailleurs, réellement, absolument et résolument ailleurs. Oh oui, ce n’est pas un ailleurs très innovant, ni très lointain, quoique… Pour moi, ce fut le plus inexploré et le plus étonnant.

J’ai rencontré des personnages parfaitement incontestables, suffisamment éthérés pour qu’on ne puisse les accuser d’aucun vice associé à la vie ou à la matière. Sans corps, pas de douleur, pas d’émotion, pas de passion. Des ombres ou fantômes qui marchent vers le couchant.

Est-ce que ces gens sont réels ? Est-ce que je les ai inventés ? Non. Je n’ai nullement l’imagination nécessaire à cet exercice.

D’autres personnes aussi, de « vrais gens » comme diraient certains… Des humains, certainement, des gens de dialogue et d’honnêteté. Je ne cherche plus la vérité, je cherche des paroles justes qui traduisent une vérité, c’est ce que m’ont offert ces êtres.

À l’heure où je compile ce récit, tout me paraît flou et dérisoire. Nous sommes en novembre, le 13, je suis revenu à Paris depuis longtemps. Et Paris saigne encore. Peut-être que nous sommes en guerre, peut-être que les témoignages qui suivent ne servent à rien. Peut-être sont-ils quand même nécessaires.

Je vous laisse juges.

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