Besogneux

  Alors on en est là ? On en est encore là ? À nouveau là ? À demander aux gens de rentrer dans des cases ? À les catégoriser et hiérarchiser ? Finalement c’est le sport national de l’humanité cette histoire… Alors très bien ! Jouons ! Race ? Besogneuse ! Oui. Et je le porte avec fierté ! Ce n’est pas dans vos […]

Il faudrait un mot

Il y a un mot à inventer. Un mot pour qualifier l’euphorie de la rage, l’indignation et la fatigue conjuguées. Le glissement vers l’absurde. Il y a déjà une image, même des images, pour ça, ce sont les masques riants et lumineux — faussement lumineux — d’Ensor, mais pas de mot.

Rire. Parce qu’il n’y a plus rien d’autre à faire. Rire et chanter en levant le poing, parce qu’au fond, plus rien, absolument plus rien, ne fait peur. Les barrières des coutumes sont toutes levées, les douaniers sont allés se saouler la gueule et plus rien, absolument plus rien, ne retient les mots simples, directs, spontanés.

Se rendre compte de ce qu’on est au fond. Et s’apercevoir que c’est encore gentillesse, tu parles d’une révolte… au fond aucune insulte, aucune haine… s’en vouloir. Dans les films j’aurais dû vouloir casser, détruire, humilier.

Mais non. Je n’en ai nulle envie. Pas par politesse, pas par tiédeur ou faiblesse. Simplement parce que cela ne m’effleure pas l’esprit ou me semble vain… parce que je préfère encore en rire et chanter.

Parce qu’élever la voix ne me vient pas. Simplement ne pas sourire en parlant et appliquer à mon interlocuteur la même intransigeance et le même manque de tendresse qu’envers moi-même.

Et rire, rire parce qu’il n’y a pas mort d’homme et qu’il y a tant de choses plus graves. Rire parce que réellement, positivement, cela arrêtera peut-être le système, ou au moins cela n’ajoutera pas de la difficulté à la situation. Rire avec désinvolture et sincérité. Et continuer encore son ouvrage, imperturbable et honnête. Besogneux. Oui, c’est le rire et le chant, l’allant et le saut dans le plus grand que soi, des besogneux et des résistants.

Ceux qu’on dit « petites gens », ceux sans qui aucun de vous ne serez là. Ceux qui font tourner le monde sous vos mépris, et un jour s’en rendent compte, et en rient, parce qu’ils savent bien que ce n’est pas de ce genre de chose qu’il faut pleurer. Alors, rire et embrasser le monde en entier, mais n’aimer que ceux qui le méritent. Assez de tout pardonner, on ne va pas se mettre à compter les points, mais on sait à quoi s’en tenir. Vous n’êtes pas un ennemi, mais on ne tuera pas pour vous.

Rire et se tenir droit. Obéir peut-être, mais de plein choix et sans en penser moins. Avoir la fierté de soi-même, d’être un rouage intègre. Être intérieurement à l’écart du monde, et en rire, et le chanter. Refuser aux médisants, à ceux qui veulent vous marcher sur la gueule, l’entrée de votre for intérieur, l’entrée de votre cœur. Il y a un mot à inventer pour cet état.